Rencontres

GALERIE DE CASSON, L’ANTIQUAIRE VISIONNAIRE


C’est dans un nouvel écrin, implanté rue de Seine, que Guillaume de Casson donne corps à sa passion communicative. Il reçoit en hôte intarissable sur les trois designers auxquels il consacre sa quête, Pierre Paulin, Michel Boyer, Olivier Mourgue, et captive l’attention du visiteur bien vite suspendu à ses lèvres. Si pour la majorité des sièges, Guillaume de Casson respecte à la lettre l’original, il arrive qu’une pointe d’interprétation s’invite à la marge, comme avec le fauteuil n°158 de la série Oyster de Pierre Paulin édité par Artifort, dont le dos blanc de la coque en fibre de verre moulée laissé découvert contraste avec la housse en mousse habillée de jersey jaune.



GALERIE DE CASSON, L’ANTIQUAIRE VISIONNAIRE
C’est au contact des collectionneurs que Guillaume de Casson fait ses premières armes. Des collectionneurs en quête de meubles que les autres n’ont pas. « L’Oyster arrive tôt dans la production de Pierre Paulin, à la période où le designer fait ses premiers essais de tissus élastiques. » Guillaume de Casson est un conteur qui joint l’hospitalité au propos. Il poursuit sa quête des pièces que l’on ne voit pas partout, et plus que de voir une perturbation dans l’exercice de la réédition, il perçoit la suite logique de ce prolongement. Un regard favorable, mais non systématique. « La réédition a une légitimité liée à l’importance du designer et de son travail. Toutefois, elle doit se concentrer sur des pièces marquantes mais suffisamment classiques pour traverser le temps. Cette double qualité n’est pas donnée à toutes. Le Mushroom de Pierre Paulin est un très bon exemple de cette légitimité. » À sa manière, le design fait la distinction entre l’époque et le style à travers l’exercice de la réédition.

GALERIE DE CASSON, L’ANTIQUAIRE VISIONNAIRE
Ci-dessus. Guillaume de Casson à l’aube de l’ouverture de sa galerie éponyme rue de Seine à Paris. Ci-contre. Fauteuil 582 (Ribbon Chair) de Pierre Paulin, édition Artifort, 1966, tissu de Jack Lenor Larsen.

Le rafraichissement des mobiliers de cette décennie de tous les progrès imposent à cette nouvelle vague d’antiquaire de faire preuve d’imagination et d’inventivité, notamment concernant les plastiques. La patine du temps n’est pas égale avec toute les époques. Des mobiliers qui des modernistes aux années 70 laissés dans leur jus, accusent mal le poids des années et ne souffrent pas d’approximation en matière de restauration. Principal talon d’Achille, le textile reste le sujet le plus délicat. « Je me permet de changer les tissus, en respectant les couleurs pensées par le designer. Mais il arrive que nous puissions sauver le tissus d’origine d’un siège. » Quant aux nouvelles matières, comme le plastique ou la fibre de verre, hermétiques aux recettes salvatrices d’antan, l’imagination est à l’œuvre pour trouver les techniques appropriées, qui pourrait être détournées comme celles de l’émail ou tout simplement inventées. Le design poursuit son histoire novatrice. À la fatigue des ans, des remèdes existent ainsi que des gens pour les administrer avec autant de passion que d’attention. En l’occurrence, Guillaume de Casson a su s’entourer de savoir-faire autant que de savoir-imaginer, tant les assises qui nous entourent dans l’espace intimiste de la galerie ont retrouvé l’éclat de leur prime jeunesse. Les sièges offrent toute leur actualité et leur capacité à résonner aujourd’hui avec autant de force qu’à l’heure de leur création.

2 Juin 2010




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